Reconversion professionnelle quand on est en CDI : le guide pas à pas 2026


Salarié en CDI qui étudie une formation sur son ordinateur pour préparer sa reconversion professionnelle sans quitter son poste

Préparer une reconversion professionnelle quand on est en CDI, c’est possible sans démissionner ni perdre son salaire. Vous pouvez d’abord clarifier votre projet avec un bilan ou un conseiller en évolution professionnelle (gratuit), puis vous former grâce au CPF ou au projet de transition professionnelle (PTP). Ce congé rémunéré suspend votre contrat sans le rompre et maintient tout ou partie de votre rémunération. La rupture du CDI vient en dernier, et même la démission peut alors ouvrir des droits au chômage si le projet est validé. Ce guide à jour en 2026 détaille chaque étape, les délais à respecter vis-à-vis de l’employeur et les erreurs qui font échouer une transition.

  • Clarifier le projet : conseil en évolution professionnelle (CEP) gratuit et confidentiel, bilan de compétences finançable par le CPF.
  • Se former sans quitter son poste : CPF hors temps de travail (aucun accord requis) ou sur temps de travail (accord de l’employeur).
  • Se former en gardant son salaire : PTP, ouvert après 24 mois d’activité salariée dont 12 dans l’entreprise, sur dossier auprès de Transitions Pro.
  • Partir en sécurité : démission-reconversion avec allocation chômage, après 5 ans d’activité et validation du projet.

Reconversion professionnelle en CDI : le parcours en 6 étapes

Les salariés qui réussissent leur reconversion suivent rarement une ligne droite, mais presque tous passent par les mêmes jalons. L’ordre compte : demander un financement avant d’avoir testé le métier visé, c’est s’exposer à un refus de dossier ou, pire, à une formation qui ne débouche sur rien.

  1. Poser le diagnostic. Qu’est-ce qui ne va plus : le métier lui-même, l’entreprise, le management, le rythme ? Un changement de poste en interne suffit parfois.
  2. Explorer des pistes concrètes. Bilan, CEP, lectures, rencontres avec des professionnels du secteur visé.
  3. Confronter le projet au terrain. Enquêtes métier, journées d’observation, bénévolat ou mission courte le week-end.
  4. Choisir la formation et son financement. Certification inscrite au RNCP ou au répertoire spécifique, organisme sérieux, débouchés vérifiés.
  5. Négocier avec l’employeur. Respecter les délais de demande, formaliser par écrit, anticiper un éventuel report.
  6. Organiser la sortie. Retour au poste, mobilité interne, démission-reconversion, rupture conventionnelle ou création d’entreprise.

Comptez en moyenne entre 12 et 24 mois entre les premiers doutes et la prise de poste dans le nouveau métier. Les parcours les plus courts concernent des transitions proches (un comptable qui devient contrôleur de gestion), les plus longs des changements radicaux qui exigent un diplôme complet.

Changer de métier sans quitter son poste : bien valider son projet

Le premier réflexe utile est de contacter un opérateur du conseil en évolution professionnelle. Ce service est gratuit, ouvert à tous les actifs et totalement confidentiel : votre employeur n’en est pas informé. Le conseiller vous aide à formaliser le projet, à repérer les métiers qui recrutent dans votre région et à identifier les financements accessibles. Pour les salariés du privé, ce sont les structures régionales désignées par France compétences qui assurent cette mission.

Le Bilan de compétences va plus loin. D’une durée maximale de 24 heures réparties sur plusieurs semaines, il permet d’analyser vos compétences transférables, vos motivations profondes et vos contraintes (financières, familiales, géographiques). Réalisé hors temps de travail et financé par le CPF, il reste confidentiel. Sur temps de travail, il faut l’accord de l’employeur, mais les conclusions vous appartiennent et ne lui sont jamais transmises sans votre consentement.

Reste l’étape que beaucoup sautent : vérifier la réalité du métier. Interroger trois ou quatre personnes qui l’exercent depuis plusieurs années, passer une journée à leurs côtés, regarder les offres d’emploi et les salaires d’entrée. Cette enquête évite de quitter une situation stable pour une image idéalisée. Elle sert aussi d’argument solide dans un dossier de financement, car les commissions qui examinent les demandes regardent de près la cohérence du projet avec le marché local. Pour prendre du recul sur les tendances de recrutement et les secteurs en tension, notre rubrique Monde du travail propose des repères régulièrement mis à jour.

Les dispositifs pour faire sa reconversion en restant salarié

Plusieurs outils coexistent. Ils ne s’excluent pas : on peut commencer par un bilan via le CPF, puis financer la formation longue avec un PTP, qui mobilise d’ailleurs automatiquement vos droits CPF.

Dispositif Pour quoi faire Conditions principales Rémunération Accord de l’employeur
Conseil en évolution professionnelle Construire et valider le projet Aucune Sans objet (hors temps de travail en général) Non
Bilan de compétences Analyser compétences et motivations Droits CPF suffisants ou autre financement Maintenue si réalisé sur temps de travail Seulement sur temps de travail
CPF Formation courte ou certifiante Formation éligible, participation forfaitaire à votre charge Maintenue si sur temps de travail Seulement sur temps de travail
Projet de transition professionnelle Formation certifiante longue pour changer de métier 24 mois d’activité salariée dont 12 dans l’entreprise, dossier accepté Maintenue en totalité ou en partie Autorisation d’absence, report possible
Congé VAE Faire reconnaître son expérience par une certification Projet de VAE engagé Maintenue jusqu’à 48 heures Autorisation d’absence
Démission-reconversion Quitter le CDI avec l’allocation chômage 5 ans d’activité salariée continue, CEP, projet validé Allocation chômage après la rupture Non concerné

Le plan de développement des compétences de l’entreprise peut aussi financer une formation, mais il sert d’abord les besoins de l’employeur. Il devient intéressant si votre reconversion peut se faire en interne, vers un autre service ou un autre métier de la même structure. Les dispositifs de reconversion internes ont été réaménagés ces dernières années : le service RH ou votre opérateur de compétences reste l’interlocuteur le plus fiable pour connaître les règles applicables dans votre branche.

Projet de transition professionnelle (PTP) : le congé rémunéré pour suivre une formation

Héritier de l’ancien congé individuel de formation, le PTP est le dispositif phare pour un salarié en CDI qui veut changer de métier. Il permet de s’absenter pour suivre une formation certifiante, avec un contrat de travail suspendu (et non rompu) et une rémunération maintenue, versée par l’employeur puis remboursée par l’association Transitions Pro de votre région.

Les conditions d’accès au PTP en CDI

Vous devez justifier de 24 mois d’activité salariée, consécutifs ou non, dont 12 mois dans l’entreprise actuelle. Ces conditions d’ancienneté ne s’appliquent pas à certains publics, notamment les bénéficiaires de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés ou les salariés licenciés pour motif économique ou pour inaptitude qui n’ont pas suivi de formation entre-temps. La formation visée doit être certifiante : inscrite au RNCP, au répertoire spécifique, ou permettant d’accéder à une certification reconnue.

Le calendrier de la demande à l’employeur

La demande d’autorisation d’absence se fait par écrit, au moins 120 jours avant le début de la formation si elle dure 6 mois ou plus en continu, et 60 jours avant si elle est plus courte ou à temps partiel. L’employeur a 30 jours pour répondre, et son silence vaut accord. Il ne peut pas refuser si les conditions sont remplies, mais il peut reporter le départ jusqu’à 9 mois pour des raisons de service ou si trop de salariés sont absents simultanément au titre du même dispositif.

Le dossier auprès de Transitions Pro

En parallèle, vous déposez votre dossier auprès de Transitions Pro. Une étape de positionnement préalable par l’organisme de formation est obligatoire : elle permet d’adapter la durée du parcours à vos acquis. La commission examine ensuite la cohérence du projet, la pertinence de la formation et les perspectives d’emploi. Les budgets étant limités, les dossiers sont priorisés : un projet argumenté, appuyé par une enquête métier et un CEP, a nettement plus de chances d’aboutir. En cas de refus, un recours gracieux est possible, et l’on peut redéposer à une session ultérieure.

Côté salaire, la règle générale prévoit un maintien intégral jusqu’à deux SMIC, puis un pourcentage dégressif au-delà, qui varie selon la durée de la formation. Si votre rémunération est élevée, faites une simulation avec Transitions Pro avant de vous engager : l’écart peut peser sur un budget familial pendant un an ou plus.

Faire sa reconversion avec le CPF, sur ou hors temps de travail

Le compte personnel de formation reste l’outil le plus souple. Hors temps de travail (soirs, week-ends, congés), vous n’avez aucune autorisation à demander et l’employeur n’a pas à être informé. C’est la formule idéale pour une formation courte, un premier module de découverte ou une certification complémentaire à distance.

Si la formation empiète sur vos horaires, il faut l’accord de l’employeur, avec les mêmes délais que pour le PTP : 60 jours avant le début pour une formation de moins de 6 mois, 120 jours pour une durée supérieure. Là encore, l’absence de réponse dans les 30 jours équivaut à une acceptation. Depuis 2024, une participation forfaitaire, revalorisée chaque année et d’un peu plus de 100 euros, reste à votre charge pour chaque formation, sauf exceptions (abondement de l’employeur, demandeurs d’emploi). Quand les droits ne suffisent pas, l’employeur, la branche ou la région peuvent compléter le financement : la question mérite d’être posée.

Quitter son CDI pour se reconvertir : les options et leurs effets

Démissionner sur un coup de tête prive en principe du chômage. Trois voies permettent de partir plus sereinement, chacune avec sa logique.

La démission pour projet de reconversion

Elle ouvre droit à l’allocation chômage si vous justifiez d’au moins 5 ans d’activité salariée continue (1 300 jours travaillés sur les 60 derniers mois). Avant de démissionner, vous devez obligatoirement passer par un CEP, puis faire valider le caractère réel et sérieux du projet par la commission de Transitions Pro. Une fois l’attestation obtenue, vous disposez de 6 mois pour démissionner et vous inscrire à France Travail. L’ordre est impératif : une démission envoyée avant la validation ne donne aucun droit. France Travail contrôle ensuite, dans les mois qui suivent, que vous avez bien engagé les démarches prévues.

La rupture conventionnelle

Elle suppose l’accord des deux parties : l’employeur n’est jamais tenu de l’accepter. Elle donne droit à une indemnité au moins égale à l’indemnité légale de licenciement et à l’allocation chômage dans les conditions habituelles. Présenter un projet de reconversion abouti, avec un calendrier de passation, facilite souvent la discussion.

Le congé ou le temps partiel pour création d’entreprise

Si votre nouveau métier passe par l’entrepreneuriat, un congé pour création ou reprise d’entreprise est accessible après 24 mois d’ancienneté dans le groupe. Il dure en principe jusqu’à un an, renouvelable une fois, et n’est pas rémunéré, mais il garantit votre retour dans l’entreprise si l’aventure ne fonctionne pas. Le passage à temps partiel est une alternative pour tester l’activité en gardant un revenu.

Cas particuliers de la transition professionnelle en CDI

Lancer une activité en parallèle de son contrat

Cumuler un CDI et une micro-entreprise est autorisé, à condition de respecter l’obligation de loyauté : ne pas concurrencer son employeur, ne pas détourner sa clientèle, ne pas travailler pour soi pendant ses heures. Une clause d’exclusivité dans le contrat ne peut pas vous être opposée pendant un an lorsque vous créez ou reprenez une entreprise, sauf exceptions. La clause de non-concurrence, elle, s’applique après le départ : relisez-la avant de choisir votre futur secteur. En cas de doute sur votre contrat, un juriste ou un conseiller syndical saura vous éclairer.

Se reconvertir après un problème de santé

Une reconversion naît parfois d’une contrainte : maladie, accident, usure physique. Dans ce cas, la visite de préreprise avec le médecin du travail est un moment clé pour évoquer un aménagement, un reclassement ou une formation. Les employeurs ont eux aussi des obligations et des outils, détaillés dans notre article Comment réinsérer un salarié suite à un arrêt de malade de longue durée. Le dispositif de transition professionnelle peut alors être mobilisé sans condition d’ancienneté dans certaines situations d’inaptitude.

Passer du salariat à une profession libérale

Devenir sophrologue, ostéopathe, consultant ou architecte indépendant séduit beaucoup de salariés. Le changement de statut modifie pourtant la protection sociale : fin de la prévoyance d’entreprise, indemnités journalières moins favorables, couverture invalidité à construire soi-même. Avant de signer, lisez La rente d’invalidité pour les professionnels libéraux pour mesurer ce qu’il faudra prévoir en complément dans votre budget de lancement.

Réussir sa reconversion : les erreurs fréquentes et nos conseils

Les mêmes écueils reviennent dans la plupart des parcours qui s’enlisent. Les repérer tôt fait gagner des mois.

  • Annoncer son départ trop tôt. Tant que le financement et le calendrier ne sont pas sécurisés, rien ne vous oblige à parler de votre projet. Une annonce prématurée peut fragiliser votre position sans rien apporter.
  • Choisir la formation avant le métier. Une certification séduisante ne garantit pas un emploi. Partez des offres réelles et des attentes des recruteurs.
  • Sous-estimer la baisse de revenus. Salaire d’entrée plus bas, période de formation, éventuel creux avant l’embauche : construisez un budget sur 18 mois et une épargne de précaution.
  • Rater les délais de demande. Un courrier envoyé 45 jours avant le début d’une formation longue suffit à compromettre le départ prévu.
  • Négliger le réseau. Dans de nombreux secteurs, la première embauche après une reconversion passe par un stage, une recommandation ou une rencontre.
  • Vouloir tout mener de front. Poste à plein temps, formation du soir, vie de famille : le rythme épuise vite.

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Mener une transition professionnelle tout en restant performant au travail demande une énergie considérable, souvent sur plus d’un an. Planifiez des pauses réelles, protégez votre sommeil et acceptez de ralentir certaines semaines. Si vous sentez la fatigue s’installer, les pistes données dans Récupérer après une période intense aident à retrouver un équilibre avant de repartir. Une reconversion n’est pas une course : mieux vaut décaler un examen de trois mois que d’aborder son nouveau métier à bout de forces.

Enfin, gardez une trace écrite de chaque échange avec votre employeur et avec les organismes : demandes d’absence, réponses, attestations, devis. En cas de désaccord ou de retard, ces documents font souvent la différence.

Mon employeur peut-il bloquer mon projet de transition professionnelle ?

Pas si les conditions d’ancienneté et les délais de demande sont respectés. L’employeur peut en revanche reporter votre absence de 9 mois au maximum, pour des raisons de service ou lorsque trop de salariés sont déjà partis en formation au même moment. Le refus de financement, lui, relève de Transitions Pro et non de l’entreprise.

Faut-il prévenir son manager de son envie de changer de métier ?

Ce n’est pas obligatoire tant que vous restez dans des démarches personnelles : CEP, bilan hors temps de travail, formation le soir. L’information devient nécessaire lorsque vous demandez une absence pour vous former. Certains salariés choisissent d’en parler plus tôt pour explorer une mobilité interne, à vous de juger selon le climat de l’entreprise.

Touche-t-on le chômage en démissionnant pour se reconvertir ?

Oui, à condition de justifier de 5 ans d’activité salariée continue, d’avoir été accompagné par un conseiller en évolution professionnelle et d’avoir obtenu la validation du projet par Transitions Pro avant d’envoyer sa démission. L’inscription à France Travail doit intervenir dans les 6 mois suivant cette validation.

Combien de temps prend une reconversion quand on est en CDI ?

Il faut généralement compter entre un et deux ans entre la réflexion initiale et le premier poste dans le nouveau métier. La phase de préparation (bilan, enquêtes, dossier de financement) dure souvent 4 à 8 mois, la formation de quelques semaines à plus d’un an selon la certification visée.

Mon contrat de travail continue-t-il pendant un PTP ?

Il est suspendu, pas rompu. Vous restez salarié de l’entreprise, votre ancienneté continue de courir et vous retrouvez votre poste ou un poste équivalent à l’issue de la formation, sauf si vous décidez de partir. La rémunération est versée par l’employeur, qui est ensuite remboursé par Transitions Pro.

Peut-on suivre une formation de reconversion à distance en gardant son poste ?

Oui, de nombreuses certifications existent en formation à distance ou en cours du soir, finançables par le CPF sans autorisation de l’employeur dès lors qu’elles se déroulent hors temps de travail. Vérifiez simplement que la certification est bien enregistrée dans un répertoire officiel et que les stages pratiques éventuels sont compatibles avec vos congés.